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[INTERVIEW] Rencontre avec Lucile Doiteau, co-fondatrice de Musée Up’

Lucile Doiteau, 23 ans, co-fondatrice de Musée Up'

Lancée en 2019 par trois jeunes associés, Musée Up’ est la première plateforme de mise en relation entre les guides-conférenciers et le public. Le principe ? Proposer des expériences culturelles personnalisées, incluant des valeurs telles que la sauvegarde du patrimoine, le tourisme éthique, et la démocratisation de l’accès à la culture.

Évidemment, cette marketplace de médiation culturelle ne s’est pas lancée toute seule. Jusqu’à la création de leur société en février 2022, il a fallu de la ténacité et de la patience à Lucile, Jean, et Alexandre, pour porter ce projet. Lucile Doiteau, 23 ans et CCO et co-fondatrice de Musée Up’, a accepté de nous raconter son parcours, de la naissance de l’idée, à la création récente de sa société.

C.A : Comment est née l’idée de te lancer dans une aventure entrepreneuriale ?

L.D : Nous avons eu l’idée de ce projet en 2019. J’étais alors en dernière année de licence et je voulais m’impliquer dans un projet qui avait du sens.

À cette période, j’avais du temps pour un projet qui aurait un impact positif sur la société. Mes associés étaient sur la même longueur d’onde. Nous avons alors cherché ensemble une idée.

C.A : Pourquoi avoir choisi le domaine de la culture ?

L.D : À l’époque, ma sœur, diplômée de deux Masters dont un de l’École du Louvre, n’arrivait pas à trouver de travail en tant que guide-conférencière. Nous nous sommes dit qu’il y avait un problème, et qu’il n’existait rien pour y faire face.

Nous y avons vu l’opportunité de résoudre plusieurs problèmes dont souffraient les guides-conférenciers : un mauvais référencement, une mauvaise communication, une mauvaise rémunération…

Concernant le public, nous souhaitions lui proposer une offre simple, en quelques clics et dont le guide-conférencier soit préalablement vérifié et approuvé pour éviter toute déconvenue. Nous avons examiné tous les problèmes existants, et créé un prototype de plateforme facile d’utilisation pour le prestataire et client.

C.A : Y a-t-il eu un événement déclencheur qui vous a convaincu de ce projet ?

L.D : J’ai eu un déclic lorsque ma sœur m’a expliqué qu’elle avait reçu une demande pour une visite dans le cadre d’un goûter d’anniversaire. Elle était ravie, car il s’agissait pour elle d’une opportunité de travail directement venue à elle, avec une bonne rémunération à la clef.

J’ai réalisé à ce moment que son travail reposait exclusivement sur le bouche à oreilles. Avec mes associés, nous nous sommes dit qu’il fallait bâtir un vrai réseau, une vraie plateforme 100 % française et éthique qui mettrait en avant les professionnels de la culture française, ainsi que leur expertise et leur savoir-faire.

C.A : Quelles étaient tes motivations pour te lancer si jeune dans un tel projet ?

L.D : Au début, je ne m’attendais pas du tout à me lancer dans l’entrepreneuriat. Mais j’ai toujours été très attirée par les milieux artistiques (danse, chant, théâtre, cinéma…), qui sont des disciplines fortement en lien avec le domaine culturel.

À l’époque, je n’avais même pas le mot « start-up » ou « entrepreneuriat » en tête, mais mon moteur a été de me dire : « j’ai 20 ans, du temps pour moi, et surtout l’envie de faire quelque chose en résolvant un problème et en me lançant dans un projet qui a du sens ».

C.A : Comment vous êtes-vous vous fait accompagner dans ce projet avec tes associés ?

L.D : La période du lancement était la plus compliquée selon moi : lorsqu’on est jeune, difficile d’avoir de la crédibilité aux yeux des gens. Après quelques mois, nous avons découvert l’incubateur « Assas Lab », de l’université dans laquelle je suis étudiante.

Nous avons été incubés le lendemain de l’annonce du premier confinement. À ce moment-là, nous nous sommes demandé si nous verrions un jour l’incubateur autrement que sous forme de workshops et d’ateliers en visio… Ça nous a quand même donné plus d’assurance, de crédibilité. Et un an plus tard, on a eu la chance d’entrer à Station F.

C.A : Comment avez-vous eu l’opportunité d’être incubés à Station F ?

L.D : L’opportunité s’est présentée car notre ancien développeur était issu de l’école 42, qui venait d’ouvrir un programme pour ses étudiants. À partir de ce moment-là, tout s’est enchaîné.

Récemment en mai, nous avons été admis dans le programme d’accélération « Le Village by CA » créé par le Crédit Agricole. Il s’agit d’un regroupement de projets et de start-up avec de beaux partenariats spécialisés dans le tourisme et un suivi très personnalisé. Nous avons déjà eu énormément de rendez-vous grâce à cet accélérateur, alors que ça fait peu de temps qu’il nous encadre.

C.A : Quand est-ce que vous avez concrètement créé votre société ?

L.D : Nous avons juridiquement créé la structure en février 2022. Il nous avait été conseillé de la créer le plus tard possible, une fois que le projet était mûr.

Mais nous avons eu besoin de la créer, notamment pour obtenir un extrait Kbis, et exposer au salon mondial du tourisme où un stand nous avait été offert par la CCI Paris Ile-de-France.

C.A : Pourquoi avoir choisi la SAS comme forme juridique ?

L.D : Tout d’abord, nous sommes plusieurs associés, donc il nous fallait une forme juridique adaptée, et on ne pouvait pas apporter une somme très élevée au capital social au lancement. Beaucoup de start-up choisissent la SAS parce qu’elle offre beaucoup de liberté dans la rédaction des statuts.

Par ailleurs, elle permet aux dirigeants d’être salariés. Pour nous, les avantages étaient la flexibilité, la souplesse juridique, et la protection sociale qui découlait de ce choix.

C.A : Êtes-vous satisfaits de ce choix ?

L.D : Nous sommes très satisfaits, nous n’avons pas rencontré de contrainte particulière à notre stade de développement et on cherchait justement une forme juridique qui s’adapte à nos besoins et à notre croissance. La SAS me semble parfaitement adaptée à tout type de start-up et à leurs éventuelles évolutions.

C.A : Comment avez-vous fait pour réaliser les formalités de création sans expérience ?

L.D : Pour la rédaction des statuts, nous avons essayé de les faire nous-même dans un premier temps, en s’inspirant de modèles trouvés sur internet.

Mais finalement nous avons sollicité des conseillers juridiques pour compléter et traduire juridiquement notre projet d’entreprise.

C.A : Quelle était la partie la plus compliquée ?

L.D : Selon moi, la partie la plus compliquée a été le lancement de notre projet. Nous nous sommes demandés comment poser nos idées, à qui nous confier, par quoi commencer, quelles démarches mettre en place… Toute une série de questions qui rend la concrétisation de l’idée assez complexe au tout début du projet. et la mise en place des démarches.

C.A : Comment avez-vous déterminé le juste apport pour le capital social de la société et combien avez-vous apporté ?

L.D : Nous sommes trois associés. Nous avons donc tous mis un peu d’argent mis de côté, pour atteindre les 1000 euros.

On a conscience qu’il faudra augmenter notre capital social, surtout si nous nous lançons une levée de fonds.

C.A : Vous êtes-vous fait accompagner ?

L.D : Nous avons eu besoin d’un accompagnement car les démarches juridiques et administratives sont importantes et nos connaissances en droit ne suffisaient pas. Notre priorité était de pouvoir prouver dans un délai très court que la société avait bien été créée.

C.A : Était-ce le bon choix à faire ?

L.D : Effectivement, je pense qu’il est bon de se faire accompagner dans ce type de formalités, voire quelquefois de payer un prestataire externe. Cela résout beaucoup de problèmes.

Pour quelques centaines d’euros, les démarches sont réalisées proprement et rapidement. Cela évite les problèmes ultérieurs lorsque le projet évolue. On y a trouvé notre compte.

C.A : Avez-vous prévu de faire entrer d’autres associés au capital ?

L.D : Oui, nous venons tout juste de nous engager avec un quatrième associé, ce que nous avions pris le soin de bien formaliser dans nos statuts. Il a la fonction de CTO, indispensable pour proposer une plateforme numérique fonctionnelle. Donc là, nous sommes au complet !

C.A : Envisagez-vous une levée de fond à court ou moyen terme ?

L.D : Nous ne sommes pas fermés à cette idée, mais nous attendons d’être vraiment plus développés, d’avoir plus de partenariats, plus de chiffre d’affaires. Nous recevons tout de même des propositions et plusieurs investisseurs nous ont contacté après des passages télé. Encore hier un investisseur m’a envoyé un message disant qu’il serait ravi d’échanger sur notre projet…

C.A : Qu’est-ce qui suscite cet engouement pour votre projet selon toi ?

L.D :  J’ai le sentiment que la culture reste un secteur en pleine croissance, et qu’elle va prendre de plus en plus de place dans la société. D’ailleurs actuellement, il y a beaucoup d’investissement dans la culture au sens large.

La culture revient sur le devant de la scène après la vague de pandémie, elle reprend sa place au cœur des préoccupations des Français qui en ont été privés pendant plusieurs mois.

C.A : Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

L.D : Ce que nous souhaitons c’est de vraiment pouvoir aider les professions culturelles, et en particulier celle de guide-conférencier. En parallèle, nous voulons accompagner le client, local, national ou étranger à trouver l’offre qui lui correspond.

Nous souhaitons aussi démocratiser la culture en nouant des partenariats avec des collectivités territoriales et locales pour faciliter l’accès à une offre culturelle de qualité. Nous aimerions proposer notre solution aux groupes scolaires et ainsi rapprocher tous les lieux culturels (musées, exposition…) d’un public jeune voire défavorisé, qui souvent en reste éloigné.